Temps de cerveau disponible | octobre #16

La place des jeunes

"Jeunesse en souffrance, pays en sous-France", "Archi fauchés, archi fâchés", "Jeunesse sacrifiée = avenir condamné"... Dans les cortèges de la grande manifestation parisienne du mardi 6 octobre, les pancartes en disaient long sur le malaise parcourant les rangs. Depuis le début du mouvement, mi-septembre, les lycéens protestent contre leurs conditions d'apprentissage et réclament davantage de moyens pour l'Education nationale, des emplois du temps moins lourds, la rénovation de bâtiments insalubres ou encore la fin de Parcoursup. Mais au-delà de ces revendications pratiques, ces slogans ne révèlent-ils pas un mal-être plus profond au sein de toute une génération, exprimant le désir d'être davantage écoutée, face à un avenir qu'elle redoute ?
C'est une statistique angoissante : le taux de chômage des moins de 25 ans dépasse les 21%, presque trois fois plus que pour l’ensemble de la population. Dans cette émission spéciale dédiée à la jeunesse, Sens Public revient sur les difficultés toutes particulières que les jeunes rencontrent sur le marché de l’emploi. 
Par quels glissements sommes-nous passés d’un idéal de société qui garantit des emplois décents aux jeunes à une logique de responsabilisation individuelle, les sommant désormais de prouver leur mérite pour espérer s’insérer professionnellement ? C’est à cette curieuse inversion de la dette dans l’insertion qui s’est opérée à partir des années 1970 en France que Florence Ihaddadene consacre son ouvrage Promesses d’embauche. À partir de nombreuses enquêtes portant sur les dispositifs à destination de la jeunesse (service civique, volontariat, service national universel, etc.), et sur une variété de terrains en métropole et dans les territoires ultramarins, la chercheuse propose de saisir l’État à partir d’une fraction de ses usager·es : les jeunes. Son approche critique lui permet de tenir ensemble l’analyse d’une pluralité de dispositifs de politiques publiques souvent étudiés séparément, dans leur conception et leurs usages, et ainsi de mettre en lumière des narratifs néolibéraux communs. En dialogue avec des travaux sur l’économie de la promesse, le travail gratuit ou encore le volontariat, Florence Ihaddadene mobilise le concept de hope labor, désignant un travail de vocation effectué gratuitement en attendant l’emploi, pour analyser l’insertion et le travail des jeunes. 
Réussir son orientation ? « C’est trouver sa voie directement. » Cette phrase, nous l’avons entendue de la part de nombreux jeunes en Terminale ou en première année dans le supérieur. Ils et elles expriment un impératif à faire « le bon choix » et à ne pas « perdre de temps » sous peine de « rater leur vie ». La crainte du décrochage se manifeste tout au long de la scolarité mais est particulièrement forte au moment du choix d’orientation post-bac avec Parcoursup, puis pendant les études supérieures. Derrière ce terme de « décrochage », plusieurs réalités coexistent : les NEET (« Not in Education, Employment or Training », en français « ni en emploi ni en formation »), celles et ceux qui s’insèrent professionnellement, qui font une pause ou qui se réorientent l’année suivante (parfois même en cours d’année).
L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire organisait une web-conférence consacrée à la santé mentale des jeunes. La revue de littérature « Comprendre la santé mentale des jeunes », publiée par l’injep, était présentée par l’auteur Alex Maignan et discutée avec Philippe Rigoulot, directeur de la Maison des Adolescents du Gard.

Regards sur l’évolution des revenus en France

Le niveau de vie des classes moyennes continue de progresser malgré l’inflation. Tandis que les plus pauvres perdent du pouvoir d’achat, les plus riches réclament toujours plus de baisses d’impôt. Un cocktail politiquement explosif. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Que sait-on réellement des parcours des personnes confrontées à la précarité ? Une étude scientifique apporte des éclairages inédits sur la grande pauvreté.
Une phase d’expérimentation des nouvelles modalités d’orientation et d’accompagnement a été lancée dans 49 territoires très ciblés sur l’année 2024, avec des moyens supplémentaires dédiés qui n’ont été ni reconduits ni étendus en 2025. La généralisation de la loi à l’ensemble du territoire a eu lieu dès le 1er janvier 2025, sans qu’aucune évaluation sérieuse n’ait été réalisée, en particulier sur les réalités de vie des personnes concernées. Le décret sanction a été publié en mai 2025. Il acte la mise en œuvre d’un nouveau régime de sanctions, qui lui, n’a pas été expérimenté. L’évaluation du volet expérimental de la réforme a été publiée par la DARES en juin 2026 : elle conclut à la nécessité de… pour suivre l’expérimentation.

Mutations du marché du travail et emploi

Comment moderniser et faire évoluer l’offre de formation face aux mutations industrielles et aux transitions numérique et écologique ? C’est à ce jour l’objet de près de 500 projets soutenus depuis 2010 par les Programmes d’investissements d’avenir et France 2030, cherchant à rapprocher formation et besoins émergents des secteurs économiques. Ces projets privilégient des formes variées et progressives d’adaptation de l’offre existante telles les modules de formations, les colorations de diplômes, la révision de certifications, l'utilisation d'équipements de pointe ou encore d'outils de formation numériques. À partir d’une enquête qualitative menée auprès des acteurs impliqués, ce Céreq Bref montre comment ces programmes publics d’investissement favorisent des modes d’adaptation ciblés de l’offre de formation, dans le cadre d’une coopération renforcée entre monde éducatif, entreprises et collectivités.
De façon générale, les tensions sur le marché du travail sont en baisse depuis 2024. 458 000 emplois étaient considérés comme vacants au deuxième trimestre 2026, soit de 2,3 % de l’emploi salarié des secteurs de l’industrie, de la construction et des services. Ce taux est proche de la moyenne européenne. Le nombre d’offres d’emploi concernées par un abandon de recrutement faute de candidat est de l’ordre de 126 000 en 2025, soit 4,9 % du total des offres déposées à France Travail. Les difficultés de recrutement déclarées par les employeurs sont particulièrement élevées dans le bâtiment (61,2 % au troisième trimestre 2026 versus 37,1 % dans l’industrie manufacturière et 34,5 % dans les services).

Dans un contexte de fortes tensions sur le marché du travail, associées à un chômage persistant des moins qualifiés, la question de la formation des demandeurs d’emploi est devenue centrale. En France, plusieurs plans se sont succédé sur la dernière décennie, avec le plan « 500 000 formations supplémentaires » en 2016, certains volets de la Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018 (notamment la monétisation du compte personnel de formation), et cette même année le Plan d’investissement dans les compétences (PIC). Les objectifs de ces politiques sont de réduire une inadéquation des compétences (skill mismatch) qui contribuerait à la coexistence d’un chômage de masse et de difficultés de recrutement dans certains secteurs. Le PIC, doté de près de 15 milliards d’euros sur cinq ans, affiche ainsi comme objectifs, d’une part, de mieux répondre aux besoins en compétences de l’économie, dans une situation de tension sur les recrutements et d’évolutions anticipées liées à la transformation numérique et à la transition écologique et, d’autre part, de développer les compétences des demandeurs d’emploi faiblement qualifiés et des jeunes sans qualification. Compte tenu des montants en jeu, il est indispensable pour la qualité du débat public de disposer de données quantifiées et objectives sur les conséquences de ces formations sur les demandeurs d’emploi.
Un emploi sur six est peu qualifié. Un travail mal reconnu et de plus en plus précaire. Une analyse de Jean-Paul Cadet, Alexie Robert et Josiane Vero du Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Céreq).
Certains craignent de voir leur poste disparaître et d'autres constatent déjà, dans le conseil ou la relation client, une utilité qui diminue. Les métiers fondés sur le lien humain direct semblent, pour l'instant, plus difficiles à automatiser et les professions manuelles, comme la plomberie, sont perçues comme mieux protégées. Pour beaucoup, l'avenir professionnel dépendra de ce que l'humain sait encore faire de spécifique.
Alors que l’Union européenne met en œuvre sa législation sur l’intelligence artificielle, l’usage de l’IA dans le processus de recrutement par les entreprises fait l’objet d’une attention croissante. De nouvelles recherches montrent que les biais algorithmiques ne proviennent pas toujours des algorithmes eux-mêmes, mais des décisions humaines « intégrées » dans les données avec lesquelles ils sont entraînés.

Retrouvez nos infolettres précédentes ici Bruits en coulisse – Ir&d Conseil